29/11/2007

LES RITA MITSUKO PLEURENT !

Bonjour à tous !

Fred Chichin, le guitariste et compagnon de Catherine Ringer s'est éteint hier à l'âge de 53 ans. Hommage.


Rita Mitsuko - Marcia baila

PARIS Le 26 octobre dernier, Catherine Ringer avait tenu à se présenter dans une Ancienne Belgique comble malgré l’absence de son compagnon de toujours, Frédéric Chichin. Hospitalisé, le guitariste des Rita Mitsouko n’avait pas pu faire le déplacement à Bruxelles mais, contrairement à différentes dates européennes, le concert avait été maintenu.
“Fred est malade. Il a un petit mot d’excuse de sa maman”, avait tenu à prévenir, courageuse, Catherine Ringer. Pas sûr qu’on l’excusera si facilement…
Né le 28 avril 1954 à Clichy, Fred Chichin s’est éteint hier d’un cancer fulgurant qui l’a emporté en deux mois. À 53 ans, donc, 28 ans après avoir rencontré Catherine Ringer quand ils bossaient sur une comédie musicale Flash Rouge. La communion a été immédiate entre ce fils de cadre dans une entreprise de travaux publics ayant épousé une femme au foyer et cette fille d’artiste peintre ayant une mère architecte. Après avoir galéré entre quelques squats anglais, parisiens ou marocains, après avoir découvert la musique électronique en compagnie de Nicolas Frize, après avoir monté quelques groupes rock (Fassbinder, Gazoline,…), après avoir collaboré avec Taxi Girl, Fred Chichin a trouvé son alter ego. S’ils s’essayèrent dans divers groupes, ils ne se sentaient bien qu’à deux.
En novembre 1980, pour la première fois, le duo se présenta sous le nom de Rita Mitsouko (Rita pour sa consonance sud-américaine, Mitsouko car cela signifie mystère en japonais) après s’être appelé Spratz. Le Les devant Rita Mitsouko s’était ajouté quelques années plus tard pour qu’on ne pense pas qu’il s’agit du patronyme de la chanteuse.
Ils ne le savaient pas encore en 1980 mais Fred et Catherine s’apprêtaient à écrire quelques-unes des pages les plus glorieuses de l’histoire de la musique française.
Pour preuve, Les Rita Mitsouko n’ont pas encore trouvé de relève alors que partout fleurissent de nouveaux Téléphone ou de nouveaux Noir Désir.
“En France, y en a qui commencent un peu à se poser la question”, avait répondu Frédéric Chichin quand, au moment de la sortie de Variéty, on lui avait parlé de cette absence de relève. “Ça la fout mal. J’aimerais bien.”
“Nous ne faisons pas du rock français”, avait corrigé Catherine Ringer. “Nous sommes des Français qui font de la chanson pop comme on disait dans le temps. On est plutôt dans le courant de ce qui se fait des États-Unis jusqu’en Allemagne. On ne fait pas de folklore français.”
Avec Marcia Baila, en 1985, soit trois ans après des débuts discographiques accueillis de façon mièvre par le public, le duo atteint des sommets avec un 45 tours vendu à un million d’exemplaires. Il devient même d’après la Sacem le titre le plus programmé à la radio. Cet hommage latino-rock à Marcia Moretto, une danseuse décédée du… cancer avec qui Catherine Ringer a travaillé ne fait pas que danser la France. Les Rita enchaîneront avec Y a d’la haine, A ndy, Les histoires d’A ou C’est comme ça qui cartonneront également.
La constitution fragile
Plus de vingt ans après, pour la défense de Variéty (leur onzième album), Fred Chichin nous était apparu fatigué mais enjoué. C’est que sa constitution fragile avait déjà été affaiblie par une hépatite C. “Je l’ai soignée pendant deux ans et demi. Cela explique en partie pourquoi Les Rita Mitsouko n’ont pas sorti d’album depuis cinq ans. Cette maladie a pris du temps à guérir.”
Catherine, de son côté, a continué de bosser. “On ne fait pas des disques des Rita pour vivre, on peut travailler séparément,avait-elle indiqué. S’il n’y a pas d’inspiration sur notre collaboration d’auteur-compositeur ou que ça ne se passe pas bien, il vaut mieux faire autre chose. Il existe toujours la crainte de la page blanche.”
“Il faut garder la créativité, avait surenchéri son compagnon. L’un tire l’autre vers le haut plutôt que vers le bas. On joue au ballon, on se repasse le bon.”
Et manifestement, ils étaient habiles à ce petit jeu.
Fred et Catherine ne préféraient pas se projeter dans l’avenir non plus. “C’est très difficile de savoir de quoi demain sera fait, expliquait-il. On s’est rencontrés pour la musique, mais on peut ne pas travailler ensemble. J’espère garder l’envie de faire la musique ensemble. Avec d’autres ? On apprend avec ses pairs. On est juste des passeurs. On prend ce que les anciens nous ont appris, on fait avec ce qu’il y a sur le moment, puis les jeunes reprennent le truc.”
Le flambeau va être difficile à reprendre. Tant sur le plan musical que sur celui des idées. Avec des sorties récentes peu appréciées sur les rappeurs (”c’est carrément haineux les trucs qu’on entend; leur message c’est que l’important c’est juste de prendre le fric”) ou les financiers qui dominent les maisons de disques (”ils peuvent continuer à signer ce qu’ils veulent, ils n’ont pas d’oreille”), le duo n’était pas toujours sur la même longueur d’onde. Remplit-il un rôle de sage ? “Oui”, répondait Catherine. “Non”, enchaînait son guitariste. “Depuis 25 ans, on nous demande un bilan. Donc, je dis ce que je pense.”
Mère de trois enfants – Catherine tenait avant tout à protéger leur intimité –, la chanteuse pleure un père, un compagnon, une âme sœur. Et le monde de la musique davantage qu’un être cher.